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« Sédentarité : attention, danger pour la santé ! »

17.10.2018

Photo Pr CarreLe manque d’activité physique (AP) est responsable de plus de 3 millions de décès chaque année dans le monde. La France n’est pas épargnée : plus de 30 % des adultes n’atteignent pas les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé en matière d’AP. Pour enrayer ce problème majeur de santé publique, le Pr François Carré*, cardiologue et médecin du sport à l’hôpital Pontchaillou de Rennes (35) et ambassadeur de la Fédération française de cardiologie pour l’activité physique, rappelle l’importance de la consultation médicale spécifique d’activité physique pour la santé.

Est-on vraiment conscient des conséquences de la sédentarité sur la santé ?

Clairement non, la population générale n’est pas consciente des enjeux actuels liés à la sédentarité. Nous sommes dans la même situation qu’il y a 40 ans face au tabac lorsque la norme était de fumer. Aujourd’hui l’activité physique (AP) n’est pas perçue comme une nécessité, alors qu’il est dangereux pour la santé de rester trop longtemps assis, ce qui correspond à la sédentarité, et de ne pas assez bouger, c’est une réelle perte de chance. La sédentarité est un facteur de risque favorisant la survenue de toutes les maladies chroniques non transmissibles. On devrait d’ailleurs mesurer la capacité physique, comme on dose le cholestérol car c’est le reflet de notre capital santé et le véritable indicateur d’espérance de vie.
Entre 1971 et 2011, la capacité physique des collégiens a baissé de 25 % : donc si on ne change rien l’espérance de vie de nos enfants risque d’être plus faible que la nôtre.

De plus, le manque d’activité physique entraine de nombreux troubles : jambes lourdes, constipation, problèmes de sommeil…  Pour toutes ces raisons, il est essentiel de motiver nos patients à bouger davantage.

 

Quels sont les leviers de motivation à mettre en avant auprès d'un patient pendant la consultation médicale spécifique d'activité physique ?

D’abord il faut interroger le patient sur son mode de vie et lui signifier à quel point il est sédentaire ou inactif. Puis lui expliquer que l’on ne va pas lui proposer de faire du sport mais de l’activité physique. Pour un patient qui ne pratique pas, il faut commencer petit à petit, lui prescrire 10 mn de marche à une allure modérée trois fois par jour par exemple. Tout le monde peut intégrer cette routine dans son quotidien : privilégier les escaliers à l’ascenseur pour monter un, voire deux étages, se garer un peu plus loin lorsqu’on part faire des courses, se promener durant la pause déjeuner…
Il faut aussi diminuer le temps journalier passé assis en s’astreignant à rompre les périodes assises prolongées, c’est-à-dire supérieures à 2 heures, en se levant et en bougeant pendant 2 à 3 minutes.
Par exemple, une de mes patientes conduit un taxi, c’est un travail très sédentaire et elle ne se rendait pas compte des méfaits de la sédentarité liée à son métier. Aujourd’hui, elle profite des pauses entre deux courses pour sortir de sa voiture et faire une courte marche. Elle n’est plus sédentaire !
Il est essentiel d’indiquer au patient qu’il va ressentir des bienfaits très vite, dès 3 ou 4 semaines d’activité physique modérée et régulière. C’est d’autant plus vrai lorsque le patient souffre d’une pathologie, en cas d’hypercholestérolémie ou d’hypertension artérielle par exemple.

 

Quel sont les freins les plus fréquemment rencontrés lors de la prescription d'une activité physique et comment les lever ?

Les freins sont fréquents, il est en effet important de les repérer et de tenter de les lever au cas par cas.

  • Une douleur au genou en cas d’arthrose, une fatigue en cas de traitement d’un cancer. Mais ce ne sont pas des contre-indications : la marche est recommandée en cas de gonarthrose et elle réduit la fatigue lors d’une chimiothérapie. J’ai suivi une patiente atteinte d’un cancer du sein qui était très fatiguée par sa chimiothérapie. Après chaque séance, elle rentrait chez elle et restait couchée. Sa famille l’avait convaincue que c’était la meilleure solution pour reprendre des forces. Nous avons pris le temps de lui expliquer les bienfaits de l’activité physique dans son cas. Elle nous a écoutés et a commencé, petit à petit, à remarcher. Puis elle est venue aux séances d’activité physique adaptée que nous organisons au sein de l’hôpital. Certaines femmes présentes avaient eu également un cancer du sein : elles l’ont soutenue et conseillée. Elle s’est sentie de mieux en mieux, n’avait plus honte de son corps et s’habillait de nouveau comme elle le voulait. Un jour où je l’ai croisée après une séance d’AP à l’hôpital, elle a eu ces mots : « Docteur, ce n’était pas si difficile, en fait, se dépenser c’est une bonne fatigue ! ». C’est tout à fait ça, l’AP apporte une bonne fatigue, une fatigue qui permet à l’organisme d’être en meilleure forme et plus résistant.

  • Les patients en surpoids peuvent être réticents lorsqu’on parle d’activité physique : « vous m’imaginez, moi, en short, docteur ? » est une phrase que j’entends souvent. Il faut alors préciser que faire de l’activité physique n’est pas synonyme de « pratiquer un sport avec les autres ». On peut marcher, courir, faire du vélo seul et l’activité physique aide à perdre du poids et à maintenir ce bénéfice. Les animaux peuvent être un excellent déclencheur pour se remettre en activité, il m’est arrivé parfois de « prescrire » un chien…

  • L’âge est également un frein potentiel. J’ai le souvenir d’une patiente de 80 ans qui se plaignait de ne plus pouvoir jouer avec ses petits-enfants au parc. Je lui ai conseillé de leur faire une surprise : « marchez tous les jours pendant un mois et demi. Après cela, vous serez en meilleure forme et vous pourrez de nouveau emmener vos petits-enfants au parc ». L’expérience a fonctionné et ses petits-enfants l’ont même surnommée « super mamie » !

  • Les médecins eux-mêmes peuvent rencontrer des freins à la prescription d’une AP. Une consultation de médecine générale dure en moyenne 11 minutes, alors qu’une consultation médicale spécifique d’activité physique tourne autour d’une vingtaine de minutes. Il faut que le médecin soit convaincu des bénéfices de l’AP pour qu’il puisse dégager le temps nécessaire pour convaincre son patient avec une consultation spécifique, entièrement consacrée à l’AP et à la lutte contre la sédentarité.

 

Quelles sont les formes d’activité physique les plus appropriées en fonction des profils des patients et de leurs pathologies ?

Aujourd’hui, il est trop tôt pour imaginer des prescriptions qui seraient précises en quantité et en intensité. Il existe un tel niveau de sédentarité et d’inactivité physique dans la population générale que l’objectif principal est d’inciter ses patients à bouger quelle que soit l’activité en leur recommandant de travailler à la fois l’endurance et le renforcement musculaire.
L’endurance  se développe au cours d’AP comme la marche, le vélo, la nage, le ski de fond… c’est-à-dire toutes les activités qui sollicitent le système cardiorespiratoire.
Le renforcement musculaire est également nécessaire car on ne peut envisager de pratiquer une activité physique que si l’on dispose de masses musculaires suffisantes. Monter et descendre des escaliers est, par exemple, un bon exercice pour le renforcement musculaire des membres inférieurs.
Certaines activités permettent de travailler à la fois l’endurance et le renforcement musculaire : la marche nordique par exemple, que je conseille particulièrement aux patients souffrant d’arthrose du genou, ou la marche dans l’eau pour les personnes en surpoids qui seront plus à l’aise avec les activités dites « portées ».
Pour les patients âgés, je recommande en plus de cibler la coordination et la souplesse, par exemple en leur conseillant de pratiquer des exercices de gymnastique. L’équilibre peut être exercé en s’entraînant à marcher sur une ligne droite.

 

Quels sont les examens à réaliser ou à demander au cours de cette consultation ?

Le message à retenir est qu’il n’y a pas besoin de bilan pour conseiller à un patient de marcher 3 fois 10 mn par jour, à une allure modérée, c’est-à-dire avec un essoufflement présent mais non gênant.
Si le patient veut faire plus que cela, des examens peuvent être envisagés et ils seront très variables en fonction des profils.
Au niveau cardiovasculaire il faut prendre la mesure des maladies cardiovasculaires du patient, de son risque et de ses symptômes.
L’âge est aussi un facteur de risque à part entière. Par exemple, face à un patient de 55 ans, fumeur et en surpoids, l’avis d’un cardiologue peut être à envisager si l’intensité de l’AP désirée est élevée.
Pour un patient plus jeune, fort fumeur, qui veut jouer au tennis, il n’est pas illégitime de doser la cholestérolémie et la glycémie, même s’il n’a que 30 ans. Il faut l’encourager à arrêter le tabac, le sport peut d’ailleurs l’aider, et en tout cas à ne jamais fumer dans les 2 heures qui précédent ou suivent une séance de sport.
Au niveau ostéo-articulaire, l’avis d’un rhumatologue ou d’un kinésithérapeute peut être nécessaire en fonction des pathologies rencontrées. L’objectif est que le patient n’ait pas mal lors de la pratique de son AP.
Dans le cas d’un diabète, il faut s’assurer que le patient sache contrôler sa glycémie et vérifier comment la glycémie s’adapte à l’activité physique.
Dans le cas d’une BPCO, il faut rechercher la date de la dernière spirométrie et demander l’avis si besoin de son pneumologue.

 

En quoi consiste le suivi médical du programme d’AP ?

Le suivi repose sur la collaboration entre un prescripteur, le médecin, et un encadrant, qui doit être un professionnel du sport santé. Le recours à un encadrant est en effet possible lorsqu’un patient souffrant d’une affection de longue durée veut se lancer dans une activité physique adaptée. L’encadrant rassure le patient et lui donne les outils pour devenir autonome dans la pratique de son AP.
Des informations sur les structures à contacter peuvent être trouvées sur les sites des agences régionales de santé qui peu à peu vont développer ce volet d’informations. 
Le suivi dépend ensuite du patient et doit s’adapter à sa pathologie, c’est très difficile de généraliser. Dans le cas d’une affection de longue durée, la fréquence du suivi dépend de la gravité. En général, je revois mes patients 6 à 12 semaines après le début de la pratique d’une AP pour faire un premier point, puis à 6 mois et à un an. Je garde toujours un contact rapproché avec les encadrants concernés pour suivre l’évolution du patient.

 

Quels sont les points de vigilance à observer ?

Quel que soit le patient, le médecin doit lui expliquer l’importance de bien s’hydrater, de ne pas se récompenser par un encas après l’effort, de savoir s’arrêter et respecter ses symptômes ou encore de ne pas pratiquer d’activité physique en cas de situation aiguë comme une fièvre ou une poussée d’arthrose. Les conseils seront étoffés en fonction des pathologies.
Dans le cas du diabète, le chaussage est essentiel, il faudra peut-être adapter les chaussures, voire consulter un podologue.
Chez un patient traité pour une hypertension artérielle, le traitement pourra être adapté en fonction de l’AP car celle-ci a des propriétés hypotensives.
Face à un patient souffrant d’une gonarthrose, il faudra lui conseiller d’éviter les chocs articulaires et envisager plutôt les sports portés, la marche sur l’herbe voire l’usage d’une canne.
Il s’agit d’être toujours à l’écoute de son patient, et d’être attentif à ses remarques et ses plaintes pour rester en mesure de le remotiver.
Enfin, le médecin traitant ne doit pas hésiter à demander l’aide  d’un confrère spécialiste s’il ne se sent pas suffisamment à l’aise pour prescrire et suivre l’AP adaptée à son patient.


* Propos recueillis par Arielle Fontaine (HAS) & Citizen press


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