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Pertinence des soins – Les professionnels en action

15.01.2018

Qu’est-ce qu’un soin pertinent ? Comment le définir ? Pour la HAS, la pertinence, c’est donner « la bonne intervention de santé, au bon moment, au bon endroit, pour le bon patient ». Comment favoriser son intégration dans les pratiques professionnelles ? Acteurs institutionnels, professionnels de santé et patients en ont débattu lors d’un colloque organisé en novembre dernier par la HAS. 

 

Qu’il relève d’une démarche diagnostique (imagerie, biologie…) ou thérapeutique (médicament, dispositif médical, intervention chirurgicale…), un soin est qualifié de pertinent lorsqu’il est nécessaire, en phase avec les besoins du patient, et approprié dans son indication. La pertinence des soins permet d’éviter les traitements inadéquats avec des risques potentiels pour les patients et des dépenses inutiles pour la collectivité. C’est une notion évolutive : un soin pertinent hier peut ne plus l’être aujourd’hui en raison de l’évolution des techniques ou des connaissances. « On évoque souvent le chiffre de 25 à 30 % d’examens ou d’actes non pertinents, a affirmé Cécile Courrèges, directrice générale de l’offre des soins (DGOS) au ministère de la Santé. La pertinence est l’un des axes majeurs de la stratégie nationale de santé promue par la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Elle va structurer l’action de tous les acteurs de santé dans les prochaines années »


Construire les référentiels avec les professionnels de santé

La HAS s’attache dans ses travaux à prendre en compte la pertinence des actes, ainsi que celle des parcours de soins et des modalités de prise en charge. « On voit le chemin parcouru, a souligné Dominique Maigne, directeur de la HAS. Aujourd’hui tous les acteurs s’engagent sur le chemin de la pertinence alors que ce terme était connoté très péjorativement il y a moins d’une dizaine d’années. La pertinence colore beaucoup des productions de la HAS. Elle garde le marqueur de la qualité grâce à une démarche de coconstruction avec les professionnels. Aujourd’hui, l’enjeu est d’obtenir l’adhésion des patients ».

En miroir des messages destinés aux professionnels de santé, la HAS souhaite développer des outils à destination des patients afin de faciliter le dialogue avec les professionnels en faveur de décisions de soins pertinentes partagées.


Un nouvel âge de la pertinence

Concrètement, des fiches pertinence ont déjà été produites par la HAS, en lien étroit avec les professionnels de santé sur des actes, comme par exemble diagnostic et traitement des personnes infectées par helicobacter pylori, choix de chirurgie en cas de fracture de l’épaule ou sur les traitements interventionnels des calculs biliaux ou urinaires. D’autres productions sont en cours dans le champ de l’allergo-immunologie, de la chirurgie pédiatrique, de la cardiologie ou de l’ophtalmologie.

C'est ainsi que depuis le début, les travaux de la HAS ont été axés sur la pertinence des actes les plus fréquents en matière médicale. « Dorénavant, la HAS est sollicitée aussi pour aborder la pertinence des séjours (recours aux soins de suite et de réadaptation, recours à l’hospitalisation à domicile) », a affirmé Anne-Marie Armanteras-de-Saxcé, membre du Collège de la HAS. La HAS affirme également sa volonté de renforcer sa politique d’indicateurs en faveur du développement accru d’indicateurs de pertinence et de résultats. Elle contribuera ainsi à construire des parcours de santé pertinents, garantissant leur sécurité et leurs résultats au bénéfice des patients. « Nous sommes bel et bien entrés dans un nouvel âge de la pertinence. Il ne s’agit pas d’une rupture, mais d’une évolution par rapport aux travaux précédemment menés », a conclu Christian Saout, également membre du Collège de la HAS. 


Témoignages de professionnels de santé

Dr Renaud Bénichou – Gynécologue-obstétricien à la polyclinique Jean Villar de Bruges (33)
« Nous avons intégré cette nouvelle notion de pertinence »

« Dans notre clinique de niveau 1, le taux de césarienne était particulièrement élevé en 2010 : 30 % contre 20 % en moyenne au niveau national. Avec les six autres gynécologues-obstétriciens de la clinique, nous nous sommes interrogés sur cette situation, à quoi tenait-elle ? Pour faire évoluer nos pratiques, nous avons adhéré à un programme expérimental d’analyse et d’amélioration des pratiques. Cette démarche s’inscrivait dans le cadre de la démarche nationale et régionale, portée notamment par la HAS, pour améliorer la pertinence des soins. Nous avions un objectif : diminuer le taux de césarienne annuel à 23 % et le taux de césarienne programmée à 10 %. Pour y parvenir, nous avons mis en place plusieurs actions. Un tableau mensuel des taux de césariennes pratiquées par chaque médecin est désormais envoyé par mail à tous les professionnels de santé et à la direction de l’établissement : chacun peut ainsi comparer son activité à celle de ses confrères. Nous organisons aussi une réunion mensuelle pendant laquelle chaque médecin présente ses dossiers. Le choix de la césarienne doit être justifié en référence aux recommandations émises par la HAS et le collège de notre spécialité (CNGOF). Nous avons également changé de logiciel médical avec un nouveau formulaire informatique qui insiste désormais sur la notion de pertinence. Enfin, nous remettons à toutes nos patientes un document d’information, édité par le CNGOF, qui insiste sur les bénéfices et les risques de la césarienne. L’ensemble de ce travail a déjà eu un impact très positif sur nos pratiques. En 2017, notre taux de césarienne en urgence est de 21 % et celui de césarienne programmée de 11 % ».


Dr Olivier Beley, généraliste – Président de la Fédération des maisons et pôles de santé Auvergne Rhône-Alpes
« En maison de santé, la pertinence nous permet de réfléchir à notre organisation ».

« En maison de santé, la démarche sur la pertinence permet d’abord de structurer le travail des professionnels et d’homogénéiser les messages délivrés à nos patients. Elle nous incite aussi à développer une réflexion collective sur l’organisation de filières de soins, en lien avec nos confrères hospitaliers. Pour cela, nous avons besoin de systèmes d’information efficients et sécurisés afin que nous puissions auditer régulièrement nos pratiques et obtenir des données. Les maisons de santé peuvent proposer des services aux patients grâce à des équipements techniques, ce qui évite certains déplacements.

Une étude réalisée par l’IRDES en 2014 montrait que la pertinence en maison de santé permettrait d’économiser 50 000 euros par an, essentiellement sur la prescription pharmaceutique et le recours au spécialiste de 2e niveau ».


Dr Olivier Claris – Chef de service de néonatologie et réanimation néonatale, hôpital femme-mère-enfant, Hospices civils de Lyon
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« Travailler sur la pertinence suppose de revaloriser la formation des futurs médecins et de développer le compagnonnage. La formation continue est un autre levier-clé pour inciter les praticiens à utiliser les recommandations éditées par les sociétés savantes ou par la HAS. Il est par ailleurs de l’intérêt du médecin de recourir fréquemment aux avis d’autres professionnels par le biais, par exemple, de réunions de concertation pluridisciplinaires ou de revues de morbi-mortalité.

La démarche de la pertinence est très exigeante sur le plan des connaissances scientifiques et médicales. Elle nous incite à les utiliser à bon escient dans nos pratiques quotidiennes ».

 

Article rédigé par Citizen press

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