icone-retour-accueil  > Les pratiques  > Imagerie médicale  >  Cancer du poumon : pertinence du dépistage chez les fumeurs ?

Cancer du poumon : pertinence du dépistage chez les fumeurs ?

13.10.2016

En 2015, le cancer broncho-pulmonaire est le 2è cancer le plus fréquent chez l’homme (30 400 cas par an) et le 3è chez la femme (14 820 cas par an, avec une incidence en augmentation).

De façon générale, le pronostic du cancer broncho-pulmonaire (CBP) est défavorable : 5 ans après le diagnostic, moins d’un malade sur six est encore en vie.

Suite à la demande de pneumologues et de radiologues, la HAS a publié, en 2016, un rapport sur l’évaluation de la pertinence du dépistage du CBP en France, chez les fumeurs. A la suite de la publication de premiers résultats d’une importante étude menée par les Etats-Unis, l’étude NLST, une analyse systématique et approfondie des bénéfices, des risques et des inconvénients du dépistage du CBP par scanner thoracique, à partir des informations tirées des études menées, y compris en Europe, devenait en effet nécessaire. La validité de ces essais et leur caractère transposable au contexte français nécessitaient d’être étudiés. D’autant que de nouvelles analyses de l’étude américaine ainsi que d’autres essais de dépistage avaient été publiés.

Les études publiées font référence au scanner thoracique à faible dose.

Dans le cadre d’un dépistage qui soumet des individus sans symptômes à une dose de rayons X, il est en effet primordial de réduire cette dose au strict nécessaire, d’où la notion de tomodensitométrie « faible dose ». Cette dénomination ne fait toutefois pas l’objet d’un consensus et n’est pas associée à un niveau de dose défini.

En effet, s’il faut toujours veiller à réduire la dose de rayons X au maximum, une trop grande diminution peut altérer la qualité et la lisibilité des images radiologiques. En outre, la dose de rayons X reçue par la personne dépistée est variable car elle dépend notamment des paramètres d’acquisition et de reconstruction de l’image de chaque appareil, de la technologie utilisée et de l’anatomie de la personne examinée. Enfin, dans le cadre d’un dépistage, les personnes seront exposées à des radiations de façon répétée et sur une période potentiellement longue, avec une irradiation d’une large part du thorax et donc des seins chez les femmes. Le risque de cancer radio-induits dû aux expositions répétées est toutefois difficile à mesurer dans ce contexte.

La dose de rayons X effectivement reçue par les individus dépistés était ainsi très rarement documentée dans les études de dépistage analysées dans le cadre des travaux de la HAS et le caractère faible de la dose de rayons X effectivement reçue est difficile à établir.

Dans son rapport, la HAS considère que, chez les personnes qui fument beaucoup ou qui ont beaucoup fumé, les conditions de qualité, d’efficacité et de sécurité nécessaires à la réalisation du dépistage du CBP par tomodensitométrie thoracique à dose de rayons X qualifiée de faible ne sont pas réunies en France en 2016.

Cette conclusion repose sur les résultats de l’analyse critique des études et essais publiés, réalisée, à la demande de la HAS, par un groupe externe d’experts indépendants en évaluation de programmes de dépistage. Elle est structurée autour des critères de l’OMS révisés par l’Anaes/HAS qui permettent de justifier ou non de la pertinence du dépistage d’une maladie en considérant ses bénéfices et ses risques dans leur ensemble.

La HAS a considéré que l’efficacité du dépistage du cancer du poumon par scanner thoracique à « faible dose » pour diminuer la mortalité dans le contexte français n’était pas établie et que les inconvénients de ce dépistage étaient nombreux (complications liées à l’exploration des positifs, importance des taux de faux positifs représentant jusqu’à 90 % des examens d’imagerie positifs ou suspects) alors que ses bénéfices étaient aujourd’hui incertains.

Au-delà des inconvénients et risques mis en évidence par l’analyse des études, ce dépistage soulève également la question des conséquences d’expositions répétées à des doses même faibles de radiations liées au scanner thoracique, notamment en termes de risque de cancers radio-induits.

 

Le 14 octobre 2016
Comité de rédaction du Dossier spécial imagerie médicale - HAS