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Cas clinique : dépistage de l’infection à Neisseria gonorrheae

Web page - Posted on Dec 16 2011

Devant le constat d’une augmentation des cas de gonococcies selon les réseaux de surveillance en France et parce que cette augmentation s’observe sur l’ensemble du territoire, chez les hommes mais aussi chez les femmes pour lesquelles l’infection est le plus souvent asymptomatique, ce rapport d’orientation établit des propositions sur les évolutions souhaitables de la prise en charge.
Trois objectifs généraux ont guidé l’élaboration de ce rapport :

  • établir un état des lieux des données disponibles ou non sur l’infection à Neisseria gonorrhoeae : histoire naturelle de la maladie, épidémiologie, identification et traitement ;
  • identifier l’ensemble des problèmes posés par la prise en charge diagnostique et thérapeutique et s’interroger sur les évolutions souhaitables ;
  • conduire une réflexion sur la pertinence du dépistage.

Cas clinique

Mme R Marie-Sophie, 38 ans, sollicite votre secrétaire pour un rendez-vous urgent. Vous la suivez depuis 10 ans sur le plan gynécologique.
Vous la recevez en fin de soirée. Elle se plaint de pertes vaginales depuis 8 jours et de pollakiurie. Elle vous pose la question du risque d’infection sur son stérilet au cuivre. Elle regrette de n’être pas venue vérifier le stérilet après la pose comme vous lui aviez conseillé. Lors de son interrogatoire, elle vous raconte avoir eu des rapports sexuels non protégés avec son professeur de tango il y a 10 jours. Elle n’a pas noté la date de ses dernières règles, mais ne pense pas avoir de retard.

1. Que faire lors de l’examen gynécologique ?
L’examen au spéculum doit confirmer la cervicite, rechercher une infection associée de l’urètre et de la zone ano-rectale. Vous devez immédiatement profiter de la pose du spéculum pour les prélèvements bactériologiques. Vous n’oubliez pas de bien étiqueter les tubes du kit bactériologique et de noter les localisations prélevées.
L’examen gynécologique doit éliminer :

  • des signes de cervicite compliquée. S’il n’y a pas de signes d’endométrite, vous hésitez à retirer ce stérilet ;
  • les signes d’une éventuelle grossesse.

L’examen gynécologique doit être complété par la recherche de signes infectieux généraux, cutanés, articulaires.

2. Quelles sont vos prescriptions biologiques ?
Faire porter le lendemain à votre laboratoire de référence le kit bactériologique en précisant sur l’ordonnance recherche bactériologique gynécologique avec recherche par PCR du chlamydia.
Vous lui expliquez qu’il faut profiter de son passage au laboratoire pour rechercher d’autres MST et spécialement la recherche du VIH.
Vous ne prescrivez pas les Ac chlamydia dans ce contexte.
Vous lui proposez dans son histoire un dosage d’HCG quantitatif.

3. Quand et comment la traiter ?
Vous lui expliquez qu’elle doit se faire traiter ce soir par antibiotiques.

Traitement anti-gonococcique :

  • ceftriaxone : 500 mg en une seule injection (intra-musculaire ou intra-veineuse) ;
  • en cas de contre-indication aux bêta-lactamines : spectinomycine, 2 g en une seule injection intra-musculaire ;
  • en cas de refus ou d’impossibilité d’administrer un traitement par voie parentérale : céfixime, 400mg en une prise orale unique.

Associé au traitement anti-Chlamydia :

  • azithromycine : 1g en monodose ;
  • ou doxycycline : 200mg/jour en deux prises par voie orale pendant 7 jours.


4. Comment assurer son suivi ?
Avant de quitter votre cabinet vous lui donnez un rendez-vous de contrôle à J+7 avec les résultats d’examens et son carnet de vaccination, et vous lui conseillez de vous reconsulter avant si les symptômes persistent.
Vous lui demandez de contacter son professeur de tango et de prévenir son mari pour une prise en charge orientée.

Le 7 décembre 2011
Dr Elisabeth Paganelli – Médecin spécialiste en gynécologie médicale et obstétrique – Tours

Déclaration d'intérêts
Consultez la déclaration publique d'intérêts du Dr Elusabeth Paganelli

Les propos tenus dans cet article sont sous l'entière responsabilité de leur auteur.