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Chirurgie rachidienne

Web page - Posted on Nov 07 2014

Point de vue du Pr Jean-Luc Jouve et du Dr Daniel Chopin

Scoliose idiopathique de l’enfant à l’adulte

La scoliose idiopathique reste un sujet difficile en pleine évolution Concernant l’étiologie, les travaux importants mis en œuvre par nos collègues chercheurs  se sont avérés décevants. La conjonction de facteurs génétiques, neuro hormonaux, vestibulaires est évoquée régulièrement sans pouvoir trancher fermement sur un primum movens. Ces travaux ont eu le mérite néanmoins d’écarter définitivement les facteurs mécaniques comme générateurs ou aggravant une scoliose. Ainsi les notions de sport plus ou moins recommandé ou de port de cartable plus ou moins néfaste sont obsolètes chez l’enfant. L’enfant peut pratiquer toutes les activités physiques qu’il souhaite sans restriction. Au cours de ces 20 dernières années des avancées majeures ont été observées dans plusieurs domaines.

Le dépistage qu’il se fasse par le médecin traitant ou la médecine scolaire s’avère efficace. Peu d’enfant sur notre territoire passent à travers le filtre de l’examen clinique à la recherche d’une gibbosité. Les moyens d’imagerie sont devenus performants et peu invasifs. La possibilité de pratiquer des radiographies microdosées, le développement de scanners optiques non irradiant, l’accès facilité à l’IRM afin de dépister une scoliose secondaire sont d’utilisation simple et en cours de développement constant.

La kinésithérapie, trop régulièrement prescrite n’a toujours pas à ce jour démontré son efficacité. Le traitement par corset a en revanche passé avec succès les épreuves « d’évaluation par la preuve ». Parallèlement les techniques chirurgicales ont gagné en efficacité grâce à l’évolution des implants et en sécurité du fait des techniques de monitorage médullaire peropératoire. Les suites en sont simplifiées et la reprise d’une vie normale rapide.

Cependant la plus grande avancée de ces 2 dernières décennies vient de la prise de conscience que la scoliose idiopathique n’était pas seulement une maladie de croissance qui stoppe son évolution à l’âge de 18 ans. On sait désormais que c’est la maladie de toute une vie exigeant hygiène et surveillance du dos. Il est souvent nécessaire de reprendre le traitement à certaines étapes de la vie notamment la ménopause. Si la plupart des scolioses idiopathiques évoluent bien et permettent une vie sociale et professionnelle normale, certaines formes vont se dégrader après la fin de la croissance. Cette méconnaissance peut conduire à des situations extrêmement complexes, voire des impasses thérapeutiques.
La prise en charge de la scoliose de l’adulte ne se limite plus désormais à un traitement palliatif. De véritables solutions existent. La chirurgie de la scoliose adulte est devenue une spécialité à part entière. Les passerelles se multiplient entre les chirurgiens infantiles et adultes.
La surveillance doit être de règle après la fin de la croissance. L’évolution est lente et une surveillance tous les 5 ans paraît raisonnable. Une sensibilisation du public et des soignants est nécessaire dans ce sens. Les médecins traitants doivent savoir que désormais une scoliose décompensée et douloureuse en deuxième partie de vie n’est pas une fatalité mais peux bénéficier de traitements efficaces.

Le 11/11/2014
Pr Jean-Luc Jouve  – CHU Marseille
Dr Daniel Chopin – CHU Lille

Déclaration d'intérêts
Consultez la déclaration d'intérêt du Pr Jean-Luc Jouve

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