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Dénervation rénale

Web page - Posted on Oct 15 2015

La dénervation de l’artère rénale a été proposée il y a maintenant presque 10 ans. L’idée de cette nouvelle approche repose sur la reconnaissance du rôle de l’hyperactivité sympathique dans la genèse de l’hypertension artérielle « essentielle ». De nombreux arguments physiopathologiques  expérimentaux et humains concordent  en effet pour laisser penser que l’interruption des fibres sympathiques dans l’espace péri-artériel rénal peut réduire le tonus sympathique et aider à mieux contrôler la pression artérielle.

Chez l’homme, il a été montré clairement que le niveau du MSNA (muscle sympathetic nerve activity) est abaissé après dénervation.

Les premières études de méthodologie erronée ont confirmé ces données justifiant  la mise en route d’une étude à large échelle aux Etats-Unis dans le but de confirmer l’innocuité et l’efficacité de la technique d’ablation par radiofréquence.

L’échec de cette étude (HNT 3) qui n’a pas permis de montrer de différence significative entre le groupe dénervé et le groupe traitement médical a failli sonner le glas de la dénervation entrainant un désinvestissement brutal et tout aussi excessif que l’enthousiasme initial, de l’industrie et d’une partie de la communauté des cardiologues interventionnels.

Heureusement, le groupe français des radiologues interventionnels et de centre d’excellence en HTA emmené par notre équipe de l’Hôpital européen Georges Pompidou (Michel Azizi : HTA et Marc Sapoval : radiologie interventionnelle) a pu mener une étude randomisée dont le design était de meilleure qualité. Cette étude publiée dans le Lancet en 2015 a été la première à montrer une baisse  de l’ordre de 6 mm de Hg de plus dans le groupe dénervation comparé au groupe traitement médical optimisé (une valeur cliniquement significative, qui est celle qu’une monothérapie anti-hypertensive permet d’obtenir).

Aujourd’hui de nouvelles technologies (permettant une ablation plus profonde et moins variable) sont à nouveau en cours d’évaluation dans le cadre d’études randomisées  aux US et en Europe reposant sur une méthodologie de meilleure qualité. Il est possible que ces études soient maintenant positives.

La dénervation est donc encore à l’étude et il n’est pas impossible de penser qu’elle devienne à terme une arme thérapeutique validée dans la prise en charge de l’HTA essentielle.

Le 16 octobre 2015
Pr Marc Sapoval – Hôpital européen Georges Pompidou

Déclaration d'intérêts
Consultez la déclaration d’intérêt du Pr Marc Sapoval

Les propos tenus dans cet article sont sous la responsabilité de leur auteur.

Ref : Michel Azizi, Marc Sapoval et al. Optimum and stepped care standardised antihypertensive treatment with or without renal denervation for resistant hypertension (DENERHTN): a multicentre, open-label, randomised controlled trial.  Lancet 2015 Vol385 May16, 1957-65