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Sécurité au bloc – La check-list adopte les enfants

Web page - Posted on Mar 14 2016

Au bloc opératoire, l’utilisation de la check-list sauve des vies. Aujourd’hui, la HAS a adapté la check-list afin qu’elle prenne en compte les spécificités de la chirurgie pédiatrique. L’utilisation de cette check-list­ – version 2016 – est primordiale pour réunir toutes les conditions de sécurité autour du patient. Explications du Dr Philippe Cabarrot*, conseiller technique à la mission sécurité du patient de la HAS.  


Quel est l’objectif de la check-list ?

Lors des soins, des évènements indésirables peuvent toujours survenir. La plupart d’entre nous, ont en tête des incidents ou erreurs plus ou moins graves survenus lors d'interventions. La check-list au bloc opératoire est un outil de vérification des points critiques et de partage des informations essentielles au sein de l’équipe. Elle a pour objectif de sécuriser la prise en charge des patients qui doivent subir une intervention chirurgicale. Certains évènements indésirables pourraient être évités, et doivent l’être avec la check-list dont l’efficacité a été démontrée pour détecter, prévenir, ou atténuer la survenue de tels incidents. 

 

Aujourd’hui, la check-list, version 2016 (V2016), s’adapte au secteur de la pédiatrie, pour quelle raison avoir intégré des items spécifiques aux enfants ?

Dans le cadre de l’accréditation et de l’analyse d’évènements indésirables, l’organisme agréé en chirurgie pédiatrique a alerté sur le manque de précision de la check-list pour la prise en charge de l'enfant de moins de six ans. Pour sécuriser le parcours des plus jeunes, il était impératif d’adapter la check-list. La HAS propose donc aujourd’hui une version 2016 qui intègre des points de vigilance spécifiques à la prise en charge des jeunes patients. 

  • Associer les parents à la vérification de l'identité, de l'intervention et du site opératoire ;
  • Obtenir une autorisation d'opérer signée ;
  • Prévoir du matériel et des prescriptions adaptés au poids, à l'âge et à la taille de l’enfant ;
  • Prévenir l'hypothermie ;
  • Définir des seuils d'alerte en postopératoire. 

Concrètement, que signifie utiliser la check-list de façon adéquate ?

La check-list n’est vraiment efficace que si elle est bien utilisée, c’est-à-dire réalisée de manière concertée entre les différents professionnels et avec le patient (ou ses parents) avant, pendant et après l’intervention. Si elle est utilisée comme un formulaire administratif, elle n'est pas efficace. Les professionnels doivent se l’approprier, et, si nécessaire, l'adapter. C’est seulement à cette condition que la check-list deviendra un outil approprié pour sécuriser le parcours de leurs patients.

Quel est l’historique de la mise en place de la check-list ?

Six ans après avoir été rendue exigible par la HAS dans la procédure de certification des établissements de santé, la check-list « Sécurité du patient au bloc opératoire » est largement diffusée et utilisée dans les blocs opératoires français. Toutefois, la qualité de son utilisation reste incertaine questionnant l’efficacité globale de ce programme. Pourtant, depuis la publication princeps en 2009, dans le New England Journal of Medicine, les preuves de son efficacité s’accumulent. Quels que soient les pays, les structures de soins, les disciplines…, l’utilisation de la check-list réduit la morbi-mortalité. 

Quels sont les éléments qui viennent freiner son utilisation ?

Les freins à l’implantation et à l’efficacité de la check-list sont de natures diverses. On peut notamment citer :

  • la faible adhésion à des procédures dont l’efficacité pourrait être mise en doute par des médecins qui peuvent y voir une perte de liberté de décision ;
  • le manque de compréhension de l’intérêt de cette démarche et l’absence de son appropriation par les professionnels, notamment si sa mise en place se fait sans accompagnement ;
  • le caractère obligatoire qui peut entraîner un « renseignement automatique », vidé de son sens…

Comment faire pour que la check-list V2016 soit adoptée par tous les professionnels ?

Il est primordial que les équipes s’approprient cet outil et, si nécessaire, qu’ils l’adaptent en fonction de leurs besoins. C’est la condition pour une réelle efficacité. Elle est illustrée par la formule : « Adaptez la check-list pour mieux l’adopter ». Les professionnels doivent adapter cet outil aux spécificités de leurs disciplines et aux procédures déjà en œuvre dans leur établissement. La communication au sein de l’équipe est un élément capital de la sécurité au bloc opératoire. Et la check-list, générique ou adaptée à leurs problématiques, est un des moyens possibles pour qu'elle soit efficace. 


Quels sont les outils, autres que la check-list, qui peuvent apporter davantage de sécurité dans la prise en charge du patient ?

La check-list n’est qu’un moyen parmi d’autres pour améliorer le travail en équipe. C’est pourquoi la HAS a intensifié sa politique de développement de l’accréditation. Initialement, l'institution proposait une accréditation individuelle des médecins, qui a été élargie à l’accréditation des professionnels en équipes. L’objectif étant d’améliorer la sécurité des patients dans cette zone particulièrement à risque que sont les secteurs interventionnels.

 

3 leviers pour favoriser l’utilisation de la check-list

La HAS a identifié trois leviers pour favoriser l’implantation de la check-list au bloc opératoire, passant par l’appropriation indispensable par les professionnels tant dans leur conception que leur utilisation au quotidien : 

  1. Les check-lists doivent être adaptées au contexte local de l’établissement et aux spécificités de la discipline ;
  2. Les check-lists doivent être intégrées à la pratique au quotidien ;
  3. Les check-lists doivent être soutenues (voire lancées) dans un contexte favorable : leadership professionnel (au niveau de l’établissement, mais aussi de chaque bloc), simplification du processus et stratégie de support, retour d’information et réflexion prospective pour leur mise en œuvre « collective ».

 

* Propos recueillis par Arielle Fontaine – HAS