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Prostitution – État des lieux sanitaire

Web page - Posted on Apr 25 2016

La HAS a publié un rapport sur l’état de santé des personnes en situation de prostitution/travailleurs du sexe. L’objectif est de contribuer à définir une politique de santé qui viserait à réduire les risques encourus par cette population. Le rapport a été réalisé en concertation avec des représentants d’associations et de professionnels de santé. Explications de Catherine Rumeau-Pichon et du Dr Olivier Scémama* (HAS). 

 

La HAS a publié un rapport sur l’état de santé des personnes en situation de prostitution/travailleurs du sexe, quel est l’objectif de ce travail ?

La HAS a réalisé une synthèse des connaissances sur l’état de santé des personnes en situation de prostitution/travailleurs du sexe et sur leurs facteurs de vulnérabilité sanitaire.
Peu de données sont disponibles sur la prostitution. Ce travail est un préalable essentiel pour aider à élaborer une politique de réduction des risques adaptée aux besoins de cette population.

Le rapport comporte également une synthèse des recommandations de bonne pratique sur la prise en charge diagnostique et thérapeutique des infections sexuellement transmissibles (IST) et d’autres pathologies qui peuvent affecter ces personnes.

 

Quel est le niveau d’information des personnes en situation de prostitution/travailleurs du sexe quant au risque de contracter le VIH ?

Le niveau d'information des personnes prostituées quant aux risques de transmission du VIH apparaît satisfaisant. La prévalence de l’infection par le VIH chez les femmes prostituées n’est pas plus élevée que chez les femmes en population générale. De même, cette prévalence chez les hommes prostitués n’est pas plus élevée que chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes en population générale.

Cependant, si la prostitution est associée à d'autres facteurs de vulnérabilité psychologique ou de précarité sociale, économique ou administrative, alors le risque d’être exposé au VIH augmente. En effet, ces difficultés amènent souvent ces personnes à céder aux pressions de leur entourage ou aux clients et à accepter par exemple un rapport sexuel non protégé.

 

Quid des autres facteurs de risque ?

Les personnes prostituées semblent moins bien connaître les modalités de transmission des infections sexuellement transmissibles (IST). Elles y sont donc plus exposées.

La précarité ou l’isolement amplifiant le risque d'accepter des rapports sexuels non protégés. Il est donc important de diffuser, auprès de ces personnes, une information sur les moyens de prévention de ces infections, leur modalités de dépistage et sur les parcours de soins recommandés en cas d’atteinte.

Les consommations de tabac et de cannabis apparaissent aussi comme particulièrement élevées dans ces populations. L’usage de drogues dans le cadre des rapports sexuels (notamment drogues de synthèse) pourrait être à l’origine de prises de risques importantes.

Ces populations sont aussi plus exposées et donc plus souvent victimes d’injures, de menaces et de violences physiques. Surtout lorsque leur activité est exercée dans la rue. Et ce constat est encore plus marqué pour les personnes qui débutent dans cette activité ou pour celles qui exercent de façon occasionnelle. La prévention de ce type de violences est un axe essentiel de l’amélioration de leur état de santé. Les acteurs de proximité (associations, professionnels de santé…) ont un rôle très important dans ce domaine : distribution de préservatifs, prévention des violences, etc.

 

Enfin, il faut insister sur le fait que l'objectif doit être d'améliorer la santé globale de ces personnes. Et cela grâce à la prévention et au dépistage non seulement des pathologies auxquelles elles sont surexposées en raison de leur activité, mais également des pathologies susceptibles de les affecter en raison de leur âge, de leur genre ou de leur mode de vie, pour lesquelles des programmes de santé publique sont mis en place en population générale (ex. dépistage de cancers, risques cardio-vasculaires).

 

* Propos recueillis par Arielle Fontaine – HAS