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Hépatite B – Des tests rapides pour renforcer le dépistage

Web page - Posted on Sep 13 2016

Afin de renforcer le dépistage actuel de l’hépatite B, la HAS a évalué la performance des tests rapides d’orientation diagnostique (Trod) de l’infection par le VHB. Elle conclut que ces tests, en permettant de toucher les populations à risque éloignées du système de soins, constituent un outil complémentaire au dépistage biologique classique qui reste la méthode de référence. La HAS estime aussi que ces tests rapides devraient s’inscrire dans une offre de dépistage combiné des infections sexuellement transmissibles et être associés aux Trod du VIH et de l’hépatite C déjà recommandés. Explications de Laura Zanetti*, du service évaluation économique et santé publique – HAS.


Aujourd’hui, en France, l’hépatite B serait responsable d’environ 1 300 décès par an. Et 280 000 personnes seraient porteuses chroniques du virus de l’hépatite B (VHB). Or, 55 % des personnes infectées ignorent leur statut.


Quelle est la stratégie actuelle de dépistage du VHB ?

La stratégie actuelle de dépistage de l’hépatite B cible les personnes particulièrement à risque d’être infectées, notamment celles originaires de zones de forte et moyenne endémicité, les personnes ayant des pratiques sexuelles à risque, les usagers de drogues, les détenus, l’entourage et les partenaires des personnes infectées par le virus.
Le dépistage consiste à détecter simultanément les 3 marqueurs sérologiques de l’infection par le VHB (à savoir Ag HBs, Ac anti-HBs, Ac anti-HBc). La recherche de ces marqueurs, effectuée par un test immuno-enzymatique (de type Elisa 3e génération) sur prélèvement veineux, permet de déterminer le statut immunitaire exact de la personne à risque vis-à-vis du VHB  (absence de contact avec le virus, infection ancienne ou en cours, immunisation par la vaccination).
L’objectif de cette stratégie est double, d’une part identifier les individus atteints d’une hépatite chronique et, d’autre part, repérer les personnes qui n’ont jamais été infectées par le VHB bien qu’elles soient exposées aux risques d’infection. Il s’agit de prendre en charge précocement les premiers et de proposer une vaccination aux secondes.

Quels sont les limites et les avantages des Trod ?

Aujourd’hui, la majorité des Trod VHB développés détectent uniquement l’Ag HBs. Ce qui ne répond qu’à un seul des objectifs de la stratégie de dépistage : l’identification des individus porteurs chroniques.
Par ailleurs, les performances des Trod sont plus faibles que celles des tests sérologiques. Les Trod VHB sont donc un outil complémentaire au dépistage biologique classique mais ne s’y substituent pas.
Malgré leurs limites, les expérimentations menées sur les Trod VHB, notamment en France, confirment leurs avantages en matière de facilité de réalisation et d’acceptabilité. En effet, le dépistage par le biais d’un Trod est aisé. Il ne nécessite pas d’équipement spécifique : une goutte de sang est prélevée sur le bout du doigt et un résultat d’interprétation simple est disponible en moins de 20 minutes. Ce qui permet, après une formation adaptée, de réaliser ces tests en dehors des laboratoires d’analyse biomédicale, par exemple en cabinet de médecine générale ou au sein de structures non médicalisées (structures associatives…). Ces dernières, en agissant au plus près des personnes à risque d’infection, sont les plus à mêmes de proposer un dépistage à celles qui ne fréquentent pas les structures habituelles de soins.
Les expérimentations menées avec les Trod confirment qu’ils permettent d’atteindre les populations exposées, insuffisamment dépistées ou éloignées des structures d’accès au dépistage classique. Par ailleurs, la réalisation d’un Trod constitue une opportunité pour diffuser des messages généraux de prévention et de réduction des risques auprès de ces populations.

À qui proposer un Trod VHB ? 

Le dépistage par le biais des Trod VHB vise les personnes à risque d’infection ciblées par le dépistage classique mais plus particulièrement :

  • celles insuffisamment dépistées et chez qui les avantages des Trod arriveraient plus facilement à les convaincre de l’intérêt d’un dépistage immédiat ;
  • celles éloignées des structures d’accès au dépistage classique qui sont vulnérables et en situation de précarité, voire marginalisées et difficiles à atteindre en dehors d’actions spécifiques. 

En cas de résultat positif, quelles sont les préconisations ?

Si le résultat du Trod est positif, celui-ci devra toujours être confirmé par un test sanguin classique. Une prise en charge spécialisée et la vaccination de l’entourage seront proposées si le diagnostic est avéré.
Si le résultat du Trod est négatif, cela présume une absence d’infection. Toutefois, seule une confirmation par test sanguin classique permet de l’affirmer. Ce test devra être encouragé afin de déterminer si la personne peut bénéficier d’une vaccination.

Comment optimiser le dépistage grâce aux Trod ?

Il est important de saisir toute opportunité de dépistage auprès des populations à risque d’infection et de développer le dépistage combiné du VIH et des hépatites B et C en s’appuyant sur les Trod existants pour ces trois virus.
En effet, les populations touchées peuvent être co-infectées par plusieurs de ces virus d’autant qu’elles ont en commun certains facteurs de risque de contamination (par voie sanguine et sexuelle).
Il est essentiel qu’une articulation en amont soit prévue entre les structures réalisant ce dépistage et les réseaux de soins et structures médico-psycho-sociales pour favoriser le lien vers une prise en charge rapide et adaptée et assurer le maintien des personnes infectées dans le système de santé.
La HAS recommande par ailleurs un élargissement des acteurs du dépistage par Trod. À ce titre, elle préconise la généralisation du dispositif à un plus grand nombre d’associations volontaires, formées sur les infections sexuellement transmissibles et la vaccination. Et elle encourage aussi une plus grande implication des professionnels de santé (médecins généralistes ou pharmaciens par exemple), dès lors qu’ils sont volontaires et impliqués dans des réseaux.

* Propos recueillis par Arielle Fontaine – HAS