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Prolapsus génital de la femme : comment améliorer sa prise en charge ?

Press release - Posted on Jun 09 2021
June 9, 2021

Encore tabou et pourtant fréquent, le prolapsus génital nécessite une prise en charge adaptée. Suite à la restriction d’utilisation des implants pelviens, la HAS publie aujourd’hui une recommandation qui définit les bonnes pratiques de la prise en charge du prolapsus génital féminin. Elle insiste sur la nécessité de délivrer une information complète aux patientes et d’associer ces dernières à leur prise en charge via une décision médicale partagée.

Le prolapsus génital plus connu sous le nom de « descente d’organes » se caractérise par le glissement vers le bas, dans le vagin, d’un ou plusieurs organes pelviens. Cette pathologie gênante voire invalidante touche entre 30% et 50%¹ des femmes de tous âges et ses causes sont plurielles : grossesses, accouchements multiples ou encore ménopause.

Globalement, on estime que 10% à 20% des prolapsus sont pris en charge chirurgicalement, avec notamment la pose d’un implant pelvien visant à soutenir les organes qui s’affaissent. Mais certains de ces implants ont entrainé des complications chez des patientes opérées : douleurs et infections notamment. Dans de nombreux pays, les autorités sanitaires ont alors réévalué ces implants et leur utilisation a été restreinte.

En France, ces implants ont fait l’objet d’une surveillance renforcée de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Le législateur a en outre imposé qu’à compter du 22 février 2019, ces dispositifs obtiennent un avis favorable de la commission de la HAS en charge de l’évaluation des dispositifs médicaux (CNEDiMTS) avant toute utilisation sur le marché français. Aujourd’hui aucun des implants par voie basse évalués pour le traitement chirurgical du prolapsus n’a été validé, leur utilisation est suspendue, hormis dans le cadre d’études cliniques. Les implants par voie haute, eux, sont en cours d’évaluation et feront prochainement l’objet d’un avis de la HAS.

Dans ce contexte, le ministère en charge de la Santé a saisi la HAS pour réévaluer la stratégie de prise en charge thérapeutique globale du prolapsus. Elle publie donc une recommandation de bonne pratique visant à aider les professionnels de santé à proposer des solutions thérapeutiques adaptées aux patientes souffrant d’un prolapsus génital pour en diminuer les symptômes tout en évitant la survenue d’effets indésirables ou de complications.

 

Adapter la prise en charge pour chaque patiente

Face à une patiente se plaignant de symptômes pouvant être liés à un prolapsus, la HAS recommande au professionnel de santé de réaliser un examen clinique pour confirmer le diagnostic, éliminer toute autre pathologie et évaluer le prolapsus observé (le symptôme le plus spécifique d’un prolapsus étant la boule vaginale perçue ou ressentie par la patiente). Ce n’est que lorsque le prolapsus génital est symptomatique ou compliqué, qu’il nécessite une prise en charge thérapeutique le plus souvent pluridisciplinaire ; prise en charge qui doit reposer sur une décision médicale partagée entre le professionnel et la personne concernée.

En détail, la HAS émet des recommandations pour deux types de prises en charge, et pour chacune d’entre-elle, une fiche de synthèse spécifique est fournie.

La prise en charge non chirurgicale, constituée de traitements conservateurs, permet de soulager la patiente sans avoir besoin d’une chirurgie. Elle peut aussi être proposée en association, en complément ou en attente d’une intervention chirurgicale. En première intention, un pessaire – autrement dit un anneau à introduire dans le vagin pour remonter et maintenir les organes en place – est indiqué quels que soient l’âge et le stade de sévérité du prolapsus. Il permet de soulager la patiente et peut être associé à de la rééducation, notamment du plancher pelvien qui est recommandée en cas de prolapsus modéré. La HAS recommande en parallèle le recours à des mesures hygiéno-diététiques : cela comprend notamment une perte de poids et une alimentation équilibrée, une activité physique ou encore de l’éducation thérapeutique pour moins solliciter les organes pelviens.

Si les traitements conservateurs s’avèrent insuffisants et face à un prolapsus de stade avancé et handicapant une chirurgie devient nécessaire. Avant toute intervention, la HAS recommande au spécialiste de réaliser une évaluation pour, entre autres, évaluer les symptômes du prolapsus et leur impact, évaluer le profil médical de la patiente et les traitements qu’elle a déjà reçus. En cas de prolapsus génitaux complexes, la HAS recommande la mise en place d’une concertation menée par une équipe comprenant plusieurs professionnels de santé dont les compétences sont à adapter selon le type de prolapsus. La HAS précise également que le choix de la technique chirurgicale dépend des symptômes, du type de prolapsus génital, des comorbidités et des attentes de la patiente et décrit comment surveiller cette dernière après une intervention.

 

Et garantir leur parfaite information

« Les patientes ont besoin d’informations à propos du prolapsus génital » constate la HAS dans sa recommandation. Elle préconise ainsi que les professionnels de santé délivrent une information claire et adaptée à la patiente sur la pathologie, ses facteurs de risque et son évolution. Un entretien détaillé est nécessaire pour bien prendre en compte les attentes de la patiente et lui expliquer l’ensemble des options thérapeutiques, les techniques opératoires possibles, les complications potentielles liées à l’intervention et la probabilité de récidive. L’objectif est de permettre à la patiente de participer au choix de sa prise en charge dans le cadre d’une décision médicale partagée et d’avoir la capacité de repérer le plus tôt possible d’éventuelles complications.

La HAS poursuit d’ailleurs ses travaux et élaborera une fiche d’informations destinée aux patientes.

En parallèle, la publication d’une recommandation de bonne pratique sur la prise en charge des complications post-chirurgicales suite à un prolapsus génital est prévue début 2022.

 

¹ Ce chiffre comprend les prolapsus de tous stades confondus